Le nouvel article intitulé « Christos Markogiannakis, le mauvais œil du polar grec » est désormais disponible.
« Gaetanou fit demi-tour et descendit la rue Ploutarkou vers l’avenue Vassilissis Sofias pour prendre le métro jusqu’à la direction générale. » Il fut un temps où les amateurs de série noire ne pouvaient arpenter en imagination que les trottoirs de New York ou de Paris. Le polar vit aujourd’hui sous le signe de la mondialisation, à quoi Les Yeux sur moi rend d’ailleurs hommage par des allusions frottées d’ironie aux maîtres scandinaves du genre et plus particulièrement au Norvégien Jo Nesbo. « Le mal est partout, sur la neige comme sous le soleil », nous dit-on ici ; il est donc chez lui aussi à Athènes où un tueur en série sème la terreur par des crimes effroyables. Non content de tuer ses victimes, il leur arrache ensuite les yeux.
Un imaginaire très inspiré des récits et des mythes grecs
Un modus operandi ressenti de manière douloureuse par la profileuse Roubini Gaetanou, frappée de rétinite pigmentaire, autrement dit promise à la cécité, et par le capitaine Christophoros Markou, sujet à l’ommatophobie, ainsi définie : « Évitement de tout contact avec les yeux, crises de panique, nausée, sueurs, évitement des relations sociales, la peur démesurée des lésions oculaires, terreur provoquée par les masques de sommeil, par les yeux des portraits, les yeux qui vous fixent, même simplement imaginés. » Mais aussi par un troisième personnage, un homme qui prétend voir la mort de toute personne dont il soutient le regard. Or, celui-ci a autrefois croisé un abonné aux couvertures des magazines people, depuis disparu des radars médiatiques après avoir été défiguré par un jet de vitriol. Le beau gosse déchu tient rigueur au devin de ne pas l’avoir prévenu de ce qui l’attendait. Il remue enfer et terre pour le retrouver et s’en venger.
La couleur locale de cet efficace thriller tient moins à ce que l’un des enquêteurs se passionne pour la Callas qu’à un imaginaire très inspiré des tragédies, des récits et des mythes grecs. Où les aveugles occupent une place singulière, d’Œdipe à Polyphème en passant par Homère lui-même. L’attente du prochain meurtre devient ainsi l’équivalent d’une malédiction près de s’abattre depuis les cieux antiques, tandis que Roubini Gaetanou apparaît comme une descendante de Tirésias : l’oracle aveugle. Et le « mauvais œil » populaire prend dans ces pages une dimension mythologique. Christos Markogiannakis, un auteur à ne pas perdre de vue.
Les Yeux sur moi, Christos Markogiannakis, Fayard, 32 pages, 20,90 euros.
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